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Le fonds Vidal à la Bibliothèque de Géographie

Identifier l’écriture fine et déliée de Paul Vidal de la Blache et des traces de son œuvre dans des carnets de terrain attribués (sans analyse, il est vrai), à son gendre Emmanuel de Martonne (1873-1955), suscite une émotion rare pour tout spécialiste de géographie. C’est détenir une source inespérée pour approcher la personnalité du fondateur de l’école française de géographie et, s’agissant de carnets de voyage et de travail, une clé pour ouvrir l’atelier du géographe. C’est pouvoir le percevoir « sur le vif », au-delà de la lecture de ses textes publiés, des témoignages de ses contemporains et des gloses successives qui l’ont quelque peu engoncé dans la stature du maître de la géographie scolaire (celui des cartes murales "Vidal-Lablache" et de l'Atlas général), et d’un emblème de la République des professeurs.

Collection des carnets de Paul Vidal de la Blache. Les carnets du géographe dans l'ordre chronologique, de gauche à droite.

Les trente-et-un carnets identifiés en 1983 par Marie-Claire Robic comme des carnets de Vidal de la Blache étaient rangés dans un carton brun portant la légende « Carnets croquis terrain E. de Martonne ». Une chercheuse de l’Institut de géographie de Paris, Madame Ters, les avait découverts dans les années soixante-dix, rangés dans un tiroir, et les avait confiés à la conservatrice de la bibliothèque, Bernadette Joseph (on en retrouva deux autres par la suite). Ces carnets couvrent l’ensemble de la vie active de Vidal de la Blache (1845-1918), jeune lycéen puis Normalien précoce, monté à Paris depuis son Languedoc natal, agrégé d’histoire et géographie, membre de l’Ecole française d’Athènes (1867-1869). Il s'orienta rapidement vers la seule géographie, matière scolaire et académique alors secondaire, mais que l’expansion commerciale et coloniale de l’Occident et les concurrences entre puissances allaient porter au rang de discipline moderne, en prise sur l’actualité mondiale.

 

La Sorbonne. M. le professeur Vidal de la Blache (Géographie). Couvert de livres, d’atlas, de brouillons d’articles, son bureau comporte aussi, bien en vue, un carnet de terrain.

Enseignant la géographie durant vingt ans à l’élite normalienne puis à la Sorbonne (1898), Vidal de la Blache a lentement mûri auprès de ses élèves une science inspirée de la géographie allemande et frottée aux sciences naturelles : la botanique, la géologie, et surtout cette écologie qui naissait alors en Europe et aux Etats-Unis. Il leur empruntait leur pratique du terrain. Mais le terrain était, comme le montrent les carnets, la source vive de son activité de géographe ; il lui fournissait ce qu’il appelle les « lignes de vie ». Le voyage rythmait son existence. Il se déplaçait souvent seul, observant, enquêtant, dessinant, goûtant les lieux et les traversées d’espace, mais en savant-voyageur, toujours présent à un programme de rénovation de la géographie.

 

Ces carnets complètent une archive vidalienne composée de notes et de brouillons ainsi que d’ouvrages et de tirés à part relevant, ou non, d’un Legs Vidal de la Blache dépendant de l’Institut de géographie, et qui reste à inventorier. Ils s’inscrivent dans un fonds de géographie classique (cf. Joseph, Robic, 1987 : fonds Lucien Raveneau, Emmanuel de Martonne, dont une collection de carnets de croquis), et dans un ensemble contemporain en cours d’enrichissement (fonds Jacqueline Beaujeu-Garnier, fonds Gentelle, etc.) qui participent à  la collecte de sources de l’histoire de l’université de Paris par la BIS.

Le corpus

Sept carnets de Paul Vidal de la Blache avec diverses reliures et formats.

C’est un ensemble de 33 carnets, au total, qui a été attribué à Vidal, que l’on a numérotés en suivant de près leur chronologie, durant l’année 1983 puis au final en 2018. (Cf. Pour aller plus loin, Table des correspondances) Ces calepins de 14 cm sur 9 environ, dotés pour la plupart de porte-crayon, sont tous suffisamment petits et solides pour être glissés dans la poche. Mais la variété est la règle (Cf. Pour aller plus loin, Description matérielle): aucun n’est parfaitement semblable à un autre.

Le Carnet [9] et le Carnet [27] comportent un certain nombre de croquis. On constaste que plus les années passent, plus Vidal de la Blache utilise des carnets non lignés de type carnet à dessin.

Le corpus comporte ainsi quelques séries courtes. C’est le cas d’un groupe de petits carnets à la couverture en toile marron, que Vidal a numérotés et sur lesquels il a apposé une étiquette détaillant les lieux visités : il s’agissait manifestement pour lui de préparer la campagne d’enquêtes qu’il a entrepris en 1888 après avoir signé un contrat pour le Tableau de la France destiné à ouvrir l’Histoire de France de Lavisse. Des exemplaires plus tardifs se caractérisent à l’inverse par leur grande taille et leur format à l’italienne : Vidal les utilise notamment pour ses voyages hors de la France métropolitaine, et il semble alors surtout porté par le plaisir du dessin paysager.

Calendrier sommaire des voyages de Vidal de la Blache évoqués ou retracés dans ses carnets.

Ces carnets ont accompagné Vidal dans ses périples d’Athénien comme dans les longs voyages et dans les sorties hebdomadaires qu’il allait accomplir une fois son programme de géographe amorcé, au début de sa carrière universitaire à Nancy (1872). Un calendrier de ses déplacements montre la régularité de ses excursions tout au long de sa vie active, rythmée par le « temps des cours » et celui des vacances : le « temps des courses ».

Portrait de Paul Vidal de la Blache par Fernand Cormon (1845-1924). Lors de son déplacement au tricentenaire de Champlain, ou à son retour, Cormon fit le portrait de chaque personnalité de la délégation française.

 

Il montre aussi que ceux-ci sont calqués sur l’œuvre publiée. Le corpus comprend pour l’essentiel des carnets de voyage et de travail, avec leurs descriptions, enquêtes, annotations de musées et d’expositions, leurs brouillons de conférences ou d’articles et des esquisses de plans pour les œuvres en cours, auxquels s’ajoutent quelques carnets de travail et d’autres très spécialisés.

Le corpus comprend sans doute quelques lacunes, comme la première année à l’Ecole d’Athènes (1867) et peut-être les années de son retour en France et de préparation de ses thèses, période que Vidal a passée pour partie à Paris, pendant la guerre franco-prussienne et la Commune. Il manque très probablement le ou les carnets qu’il a dû emporter lors de son second voyage en Amérique du Nord (avril-mai 1912), où il représentait l’Université française dans la Mission Champlain qui commémorait, aux côtés de comités américains, l’anniversaire de la « découverte » du lac éponyme par Samuel Champlain. (Cf. Pour aller plus loin, Synopsis général)

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