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Premières conquêtes

 

Entre 1860 et le début du XXe siècle, les cinq facultés composant l'Université de Paris se montrent diversement accueillantes et ouvertes aux aspirations féminines nouvellement exprimées.

Des dames docteurs

La Faculté de médecine ouvre la marche en accueillant, entre 1866 et 1868, ses quatre premières étudiantes inscrites régulièrement : l’Américaine Mary Putnam (inscrite en 1866), l’Anglaise Elizabeth Garrett, la Russe Catherine Gontcharoff et la Française Madeleine Brès (inscrites en 1868) grâce à l’appui du doyen Adolphe Wurtz, du ministre de l’Instruction publique Victor Duruy et de l’impératrice Eugénie.

Ces pionnières mènent leurs études à terme et obtiennent leur doctorat au début de la décennie suivante. Elizabeth Garrett est, deux ans après son entrée à la faculté, la première des quatre à soutenir sa thèse.

En 1878, la Faculté de médecine compte 32 étudiantes dans ses rangs. En 1899, elles sont 129. À l’École de pharmacie, la première étudiante n’apparaît qu’en 1894 mais elles sont 54 quatre ans plus tard.

Sciences et lettres

Deuxième Française à obtenir le baccalauréat, examen qu’elle a réussi trois ans plus tôt à la Faculté des sciences de Paris, Emma Chenu est, en octobre 1867, autorisée à suivre les cours de celle-ci en vue de l’obtention de la licence. Il faut cependant attendre 1880 pour que la Faculté des sciences enregistre chaque année des étudiantes : 2 en 1880, 7 en 1885 et 12 en 1888, année où Louise Amélie Leblois est la première femme à soutenir une thèse de sciences à Paris. Elles sont 31 en 1898.

Après l’obtention de son baccalauréat, Julie-Victoire Daubié doit se résoudre à étudier en autodidacte avant d’être enfin autorisée à assister aux cours de la Sorbonne en 1871, année où elle obtient sa licence ès lettres. S’il faut attendre 1884 pour que les inscriptions féminines gagnent en régularité à la Faculté des lettres, elles atteignent le nombre de 61 en 1898 et de 136 en 1900.

 

La bataille du droit

La Faculté de droit est le bastion le plus difficile à conquérir : quatorze ans après la première inscription féminine enregistrée dans ses rangs, elle ne compte encore, en 1898, que quatre étudiantes inscrites.

Première étudiante immatriculée à la Faculté de droit de Paris en 1884, la Roumaine Sarmisa Bilcesco est aussi la première femme à obtenir une licence en droit en France (1887) puis la première femme docteur en droit : elle soutient, en 1890, une thèse portant sur le thème de « la condition légale de la mère ».

 

 

Dans son sillage, Jeanne Chauvin est la deuxième femme à obtenir sa licence à la Faculté de droit de Paris (1890) et la première Française à soutenir un doctorat en droit (1892), avec une thèse consacrée à l’étude historique des professions accessibles aux femmes.

Après l'obtention de son doctorat, elle enseigne le droit dans les lycées de jeunes filles de Paris. La bibliothèque de la Sorbonne conserve une lettre de sa main évoquant des difficultés concernant le traitement tarifaire de ses cours et son entrevue avec le vice-recteur Gréard.

Lorsqu'en 1897, elle veut poser sa candidature au barreau de Paris, celle-ci lui est refusée au motif qu’elle ne dispose pas des droits politiques.

Trois années de lutte, soutenue par les campagnes de presse du journal féministe La Fronde, seront nécessaires pour que la loi du 30 juin 1899 accorde finalement aux femmes le droit de plaider.

 

Jusqu’en 1905, les étudiantes représentent à peine 1% de l’ensemble des étudiants inscrits à la Faculté de droit quand à la même date, elles représentent 8% des inscrits à la Faculté de médecine, 10% à celle de sciences, 30% à celle de lettres et 4% à celle de pharmacie.

Toutes facultés confondues, la présence des femmes au sein de l’université parisienne demeure cependant très modeste jusqu’au tournant du XXe siècle, les effectifs féminins passant de 195 étudiantes inscrites en 1890 à 401 en 1900, ce qui ne représente guère plus de 3 % du total des étudiants parisiens inscrits.

Cette faible présence féminine est en grande partie à mettre sur le compte des carences d’un enseignement secondaire public longtemps réservé aux garçons et qui, lorsqu’il s’ouvre aux filles, n’offre pas à ces dernières les mêmes possibilités d’avenir.

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