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Parution

Première édition, Jan Maire, Leyde, 1637

La première édition

Pour Descartes, le moment est pourtant venu de faire connaitre les premiers résultats de ses travaux. Il choisit alors de publier non pas un traité unique, mais un échantillonnage de ses recherches en différents domaines des sciences et de la philosophie. La première traduction latine, en 1644, sera d'ailleurs intitulée Specimina philosophiae.

En ouverture, le Discours de la méthode offre au lecteur un regard rétrospectif sur la vie intellectuelle de l’auteur et lui propose une explication de sa démarche.

« Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai taché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent ; et s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais, ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l’aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu’on peut imiter, on en trouvera peut-être aussi plusieurs autres qu’on aura raison de ne pas suivre, j’espère qu’il sera utile à quelques-uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise. »

René Descartes, Discours de la méthode... Leyde, Jan Maire, 1637. p.5-6 [orthographe modernisée]

La notoriété du texte, riche en développements sur la morale, la philosophie, la physique et la métaphysique, lui a souvent valu d’être publié indépendamment par les éditeurs modernes. Originellement, le Discours de la méthode fonctionne avant tout comme une préface aux trois traités qui le suivent : la Dioptrique, les Météores, la Géométrie, essais d'application de cette méthode.

« Et j'ai pensé qu'il m'était aisé de choisir quelques matières qui, sans être sujettes à beaucoup de controverses, ni m'obliger à déclarer davantage de mes principes que je ne désire, ne laisseraient pas de faire voir assez clairement ce que je puis, ou ne puis pas, dans les sciences. »

René Descartes, ibid., p.75

Descartes publie l'ouvrage chez Jan Maire à Leyde, tout en gardant l'anonymat. Il en surveille de près l'impression qui s'achève le 8 juin 1837.

Rôle de Marin Mersenne

Mersenne continue de soutenir les travaux de Descartes avec qui il correspond toujours régulièrement. À la demande de Descartes, il corrige les premières impressions des Essais.

Dans l’exemplaire de l’édition originale du Discours de la méthode reproduit ci-contre, la page de titre porte une mention manuscrite indiquant qu’il a été donné par l’auteur aux Minimes de la place Royale, couvent dont le Père Mersenne fut bibliothécaire. Dans ce même exemplaire, plusieurs passages de la Dioptrique comportent en marge des annotations de la main de Mersenne correspondant à des corrections de Descartes, intégrées à l’édition latine de 1644 et que l’on retrouve aussi dans l’édition française de 1668.

Mersenne joue aussi un rôle crucial dans la diffusion des idées de Descartes, dont il fait part à ses correspondants. Il lui rapporte également leurs objections et remarques, déclenchant parfois d'épineuses querelles entre l'orageux Descartes et quelques-uns des savants et philosophes les plus célèbres du 17e siècle, parmi lesquels Thomas Hobbes, Pierre de Fermat, Pierre Gassendi...

Ainsi, c'est probablement Marin Mersenne qui fait connaître l'ouvrage à Kenelm Digby. La bibliothèque de la Sorbonne conserve un exemplaire de l'édition originale du Discours relié aux armes de ce grand seigneur anglais.

Philosophe curieux de sciences, catholique convaincu malgré une brève conversion à l’anglicanisme entre 1630 et 1635, Digby a toujours été bien accueilli par les penseurs et hommes de lettres de France ou d’Angleterre, pays où il réside alternativement au gré des vicissitudes de la vie politique anglaise.

Il est à Paris lorsqu’y arrivent les premiers exemplaires du Discours de la méthode. On sait que Kenelm Digby lit ce dernier peu après sa parution, car il en recommande la lecture à Hobbes dans une lettre datée d’octobre 1637. Bien qu’il en juge la partie expérimentale supérieure à la partie métaphysique, il en publie l’année suivante une critique flatteuse, appréciée de Descartes qui décèle toutefois en Digby un incorrigible aristotélicien.