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Mobiliser l’arrière. Un « bourrage de crâne » efficace

Les cartes d'emprunts nationaux

L’émission des emprunts de guerre s’accompagne, dans tous les pays belligérants, de campagnes publicitaires commandées par l’Etat ou par des institutions monétaires. Celles-ci sont menées dans la presse ou par l’affiche, mais aussi largement diffusées par le biais de cartes postales.

L’imagerie convoque le plus souvent la figure populaire du poilu qui marche vers la victoire et vers le retour au foyer – comme la célèbre affiche réalisée par Abel Faivre et adaptée en carte postale – laquelle incite l’arrière à souscrire à l’emprunt pour accélérer la victoire. 

Ces cartes sont également un moyen, pour ceux qui ne peuvent pas souscrire aux emprunts, de soutenir à leur échelle l'effort de guerre et d'en diffuser le message patriotique à faible coût - une carte coûte alors à l'achat autour de 10 centimes.

Les Italiens, les Anglais, les Américains, les Britanniques et les Allemands ont également recours à ces cartes postales illustrées qui ont l’avantage de diffuser massivement l’appel aux divers emprunts nationaux, accompagné bien souvent d’un message patriotique.

La carte ci-contre, réalisée par Herbert Paus, est une reproduction française d'une affiche américaine, issue d'une réédition destinée à être collectionnée après la guerre. L'artiste, Herbert Paus, a réalisé un grand nombre d'affiches pendant la guerre, reconnaissables à leur style très graphique.

L'illustration réalisée par l'artiste français Achille Mauzan, qui effectua la majeure partie de sa carrière en Italie, est l'une des plus diffusées dans la péninsule pendant le conflit, en particulier après le désastre de Caporetto, à l'automne 1917. Le soldat au doigt tendu et la mise en scène du feu interpellent directement le civil et l'incitent à agir en empruntant.

Prestito Nazionale, Mario Borgoni

Fritz Erler est l'un des fondateurs du mouvement Jugendstil, mais il passe surtout à la postérité pour ses affiches de propagande pendant la Grande Guerre. Celle présentée ci-dessous connaît un immense succès en Allemagne, à tel point que ce jeune soldat au regard déterminé, muni d'un masque à gaz et de grenades, est

Démonstration des alliances

Dans la perspective de la propagande de guerre, l’iconographie insiste sur les alliances. Par le biais d'assemblages de drapeaux, d’étendards, de symboles animaliers ou d’allégories nationales, ces cartes font la démonstration de la puissance des alliances, qui se multiplient avec le basculement progressif des pays neutres dans la Triple Entente - en 1917, les Etats-Unis compensent le départ de la Russie.

Si l'on représente souvent les dirigeants ensemble, les cartes postales mettent également en scène des soldats de différentes nationalités alliées qui combattent coude-à-coude un ennemi commun.

Dans la carte ci-contre, on reconnaît des fantassins français, anglais, russes et belges qui piquent ensemble Guillaume II de leur baïonnette et se réjouissent de la victoire.

Gloire à nos Alliés, F. Mailly, carte originale dessinée au crayon et rédigée par un enfant

Les journées patriotiques, ou "Journées du Poilu"

(Source : Gallica/BnF)
   
« Le comité de la « Journée du Poilu » met en vente plusieurs séries de cartes postales artistiques au prix de 10 centimes. » - Le Gaulois, 12 décembre 1915 (cité par P. Brouland et G. Doizy, La Grande Guerre des cartes postales)

Les journées patriotiques visent avant tout à récolter des fonds pour des œuvres sociales : les « journées du Poilu », organisées localement, permettent notamment d’envoyer des colis aux soldats sans famille. De la même manière que les emprunts, elles font l’objet d’une publicité largement diffusée par les cartes postales. De nombreux départements organisent également, à l'échelle locale, des journées de mobilisation de l'arrière.

Les dessins du célèbre illustrateur Adolphe Willette qui reprend des symboles nationaux courants (comme la Marianne, ou le drapeau tricolore) sont rémployés par plusieurs comités régionaux, tandis que le Finistère souligne ses particularismes locaux en diffusant une carte bilingue, réalisée par un artiste breton.

La Journée du Poilu, d'après une affiche de Lucien Jonas, 1915

Le dessin de Lucien Jonas, affichiste de renom, représente un soldat qui ouvre un colis, environné par un ensemble de symboles républicains - comme l'extrait de la proclamation de Léon Gambetta prononcée le 4 octobre 1870, lors de son départ en ballon de Paris, ou encore des répliques de médailles militaires. Cela permet au donateur d'imaginer ce que son don permet concrètement de réaliser.

La générosité de l'arrière est constamment sollicitée par divers comités et sociétés de secours pour les prisonniers de guerre, les orphelins, les blessés ou encore les réfugiés belges.

La carte ci-contre fait la promotion d'une oeuvre de charité très locale organisée pour les prisonniers de guerre du canton de Pontoise.

Mobiliser l’arrière. Un « bourrage de crâne » efficace