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Représenter la guerre

Les atrocités de la guerre

Avant une attaque à Verdun, R. Douard, 1917. Caricature cynique de l'utilisation du gaz asphyxiant par l'ennemi.

 

Le thème des atrocités allemandes forme un genre macabre, initié par l’invasion de la Belgique, à travers lequel sont évoqués le bombardement de la cathédrale de Reims, les massacres de femmes et d’enfants ou les attaques au gaz asphyxiant, jugés lâches et barbares.

Durant les premières années de la guerre, ce genre macabre connaît un très grand succès dans l'iconographie et auprès du public des cartes postales. Il permet notamment d'entretenir la haine de l'ennemi.

 

Au verso de la carte aquarellée ci-contre, on lit :

« Mon vieux Toto,
Tu auras par cette carte le souvenir vivant de toutes les atrocités commises par les Allemands sur ceux qui devraient être préservés de toutes ces lâchetés et ces horreurs : les petits enfants, les femmes et les vieillards. Garde le précieusement. Un gros  baiser à mon petit homme de son Papa. »

Figurer la bataille

La bataille, la blessure ou l’agonie sont rarement représentées, encore moins après la fin de la guerre de mouvement et l'enlisement du conflit dans les tranchées en 1915.

Le combat est à la fois idéalisé et déréalisé, et ses représentations sont bien souvent archaïques, issues majoritairement de la guerre franco-prussienne de 1870-1871 (on représente encore des charges de cavalerie ou des attaques à la baïonnette, dont l'usage est désormais limité). La bataille est également figurée en simples duels ou corps-à-corps entre soldats ou bien en murs infranchissables pour l'ennemi.

Le Mur infranchissable - Gloire à nos Héros, signature illisible, carte aquarellée d'après une illustration de Dix

 

L'aspect industriel de la guerre est tout de même figuré par la présence du canon de 75, acteur principal de la guerre et fierté française qui fait l'objet d'un culte iconographique en raison de son impressionnante cadence de tir. Du côté allemand, on vante les mérites de "la grosse Bertha" ou même des sous-marins.

Nos "As", R. Douard

 

On valorise les poilus, notamment en mettant en avant des actes d'héroïsme individuels dans des poses martiales. Mais c'est surtout l’aviation, nouveauté technique de la guerre, qui fait l’objet d’un traitement particulier dans l’iconographie. Les aviateurs qui ont abattu au moins cinq appareils ennemis sont alors surnommés les "As", et suscitent une héroïsation auprès de l'opinion publique, proche de celle des sportifs de haut niveau.

On illustre également la vie quotidienne anecdotique dans les tranchées entre les combats, souvent avec un humour et un optimisme affichés.

L'infirmière et le repos du guerrier

Qui sait affronter le canon ne craint pas une potion, Hijik, carte originale aquarellée

 

Un sous-genre populaire, qui produit une iconographie considérable, s’attache à l’hôpital militaire et aux infirmières qui prodiguent les soins aux soldats blessés. Celles-ci comptent parmi les rares figures féminines valorisées par l’imaginaire de guerre.

Ces représentations édulcorées de la blessure favorisent un culte de l'infirmière : la profession est héroïsée et les infirmières sont surnommées "anges blancs". Leur représentation autorise un discours positif sur la blessure et le repos du soldat.